2009 c'est trop Oufff! (cinéma)

Je ne sais pas pour vous, mais ma petite vie est déjà un peu trop meublée pour me permettre d’aller plus souvent au cinéma. C’est dommage, mais ainsi va la vie qui va…

Si ce fut une grande année pour les mélomanes, les cinéphiles ne peuvent prétendre à un grand millésime en 2009. Reste qu’il y a eu de grands crus dans ce que j’ai bu des yeux et qu’il m’en reste quelques uns en réserve.

Catégorie « grande classe »
Le Ruban Blanc (Michael Haneke)
The Limits of Contrôle (Jim Jarmush)
Che Part One (Steven Soderbergh)
The Spirit (Frank Miller)
Gran Torino (Clint Eastwood)
Tetro (Francis Ford Coppola)


Catégorie « je n’ai pas vu, mais il le faudra »
A Serious Man (Ethan & Joel Cohen)
The Informant (Steven Soderberg)
Up in the Air (Jason Reitman)
Carcasse (Denis Côté)
Departures (Yojiro Takita)
An Education (Lone Scherfig)
La Teta Asustada (Claudia Llosa)
Precious (Lee Daniels)
Le Prophète (Jacques Audiard)
Lebanon (Samuel Maoz)

Catégorie « j’étais en retard, j’ai vu en 2009 »
Il Divo (Paolo Sorrentino)
It Might Get Loud (Davis Guggenheim)
12 (Nikita Mikhalkov)
Slumdog Millionnaire (Danny Boyle & Loveleen Tandan)
Gomorra (Matteo Garrone)

Catégorie « au pays de Jutra »
J’ai tué ma mère (Xavier Dolan)

Catégorie animation
9 (Shane Acker)

Catégorie « n’importe quoi ! »
Lesbian Vampire Killers (Phil Claydon)

Fumisterie

Au seuil de l'année, il est coutume de faire le bilan du parcours de tout un chacun. Journaux, magazines, télévisions... l'usage semble incontournable dans la doxa. L'État, la corporation, l'individu... personne n'y échapperait. Ce genre de consensualité toute entendue soulève chez moi un sourcil dubitatif. Déjà, il serait intéressant d'interroger la portée de cette "pratique".

À qui profite-t-elle socialement? À quels aménagements laisse-t-elle place chez l'individu et dans la collectivité? Y est-il vraiment question d'introspection? Est-ce un moyen de réorganiser les séquences narratives discordantes afin de subsumer la confrontation à soi-même aux trames lisses et acceptables d'une authenticité revisitée? Ou est-ce plus simplement l'occasion irréfléchie de satisfaire une pulsion naturelle, un besoin appelant à la purge?

Depuis le 18 décembre en France, une nouvelle arme est disponible aux justiciers liminaires s'aventurant sur l'Avenue de la Vengeance au crépuscule de 2009. En quelque cliques et pour la modique somme de 8€50, il est possible de "rendre justice" en envoyant 100g de bon fumier provenant des meilleurs élevages bovins de Franche-comté à ceux qui vous ont fait chier au cours de l'année! (frais de porc et de manutention inclus sur toute la France métropolitaine)

L'affaire est réglée en quelques minutes sur fumier.com. Le fruit de votre introspection se matérialiserait alors dans le courrier sous la forme d'une jolie boîte à fumier sur laquelle figure une vache affublée d'une cape de super-héros. Le tout est accompagné d'un message personnalisé. Rigueur éthique oblige, aucun envoi n'est anonyme et les messages «méchants» sont censurés puisque l'objectif serait avant tout humoristique...

Selon son concepteur - un agriculteur du Jura - l'entreprise est florissante et le site génère plus de 5000 connexions par jour. Les parisiens seraient particulièrement friands de ce geste "100% bio" puisqu'ils constituent 60 à 70 % de la clientelle bénéficiant de tout l'amour et le savoir-faire de Roger Combotte, "roi du fumier".

Vive la France, vive la justice (?) et merde alors!

Les Cent Ciels

Un autre jour s'étire sur la ville et nous offre le un doux moment de quiétude avant d'aller célébrer l'anniversaire de cette magnifique muse qui partage ma vie. Dire que je ne serais pas ici, que je ne serais pas moi-même et que ce ciel n'aurait jamais été beau sans elle serait tracer le premier trait de la première lettre d'une longue envolée que je me permet de lui réserver. Cependant, j'ose partager avec vous cette découverte que nous avons fait le lendemain...

Puisque Paris lui appartient déjà et que je lui dois au moins un royaume, je me proposais de lui offrir le Maroc au porte de Paris. Une soirée au plus grand hammam de la ville pour s'abandonner ensemble aux douceurs du farniente, nous rappeler ces plaisirs que nous avons découverts en Turquie, revivifier le corps et recentrer l'esprit. Si vous êtes de passage à Paris, je vous assure qu'après quelques jours vous aurez besoin de décrocher: l'endroit est tout simplement paradisiaque!

"un authentique Hammam oriental dédié au bien-être du corps et à l’épanouissement de l’esprit (...) « Les Cent Ciels » convie ses hôtes à une parenthèse d’apesanteur et de féerie dans le bouillonnement de la vie urbaine."

Le hammam tiède : l'endroit pour se reposer entre deux cycles

La piscine avec le sauna sec (à gauche)

Le hammam chaud aux effluves d'eucalyptus

Massage, facial, gommage au savon noir... Tout est offert.
Nous vous recommandons Les cent ciels si vous désirez refaire le plein à Paris et vous éviter le détours au Maroc ou en Turquie.
Le hammam, elle aime... et elle n'est pas seule.

Féérie

Paris n'aura porté le blanc que le temps de nous faire rêver. De neige, il n'y eut que quelques centimètres nous permettant de parcourir une route imaginaire de Paris à Montréal, de transposer momentanément le décor et de perdre la carte. Un petit cadeau avant le temps pour les uns, un emmerdement de plus pour les autres...

J'ignore si les Parisiens réalisent à quel point leur ville est belle sous la neige. À nos yeux, elle a le magnifique du rarissime lorsqu'elle s'offre dans sa robe des grands jours; celle dont elle se pare pour le bal de saison.

Timide, elle redevient humaine et se dévoile en se camouflant. Au milieu de la valse des flocons, les yeux grands ouverts, on arrive à peine à fixer le regard. Ça tourne et virevolte... La musique silencieuse de la rumeur du vent nous chante l'Ailleurs de ses périples nordiques. Toute en lumière, Paris se laisse charmer et sa robe haute-voltige. Elle danse, danse et danse encore.

Et puis plus rien... un long silence à peine audible dans le tumulte de la ville. Le carrousel s'éteint, les tremblements s'immobilisent...

Au coin de chez nous, en une nuit, on avait tout reconstruit à l'identique. Mais, au matin, Paris n'était plus la même d'avoir tant dansé avec le Nord. Les joues rouges, gorgée de la douce folie qui l'avait prise la veille, elle murmurait l'envie folle de s'abandonner à nouveau.

Au bout de quelques jours, descendant les marches de la scène qu'elle partageait avec son cavalier, Paris ne se doutait pas qu'il n'y aurait plus de bal. Du moins, pas avant la prochaine lune. Depuis, seul témoin de sa féérie, la neige est allée retrouver les larmes de la Seine... et nous attendons avec elle l'air des premiers violons.

Mon beau sapin...

Un peu d'originalité, d'audace et de système D...
Il y a toujours moyen de créer et le résultat est parfois surprenant!





Préparatifs de Noël

Que fait-on tout seul en couple à Paris pour Noël? Voilà sans doute une question que beaucoup aimeraient se poser... nous pas tellement. Personnellement, je ressens un profond malaise à l'idée d'être si loin.

Pour les Québécois, Noël c'est d'abord la famille qu'on retrouve, mais c'est aussi quelque chose de viscéral et d'indicible qui frôle la nostalgie. Poussière d'un rien grandiose qui n'existe qu'entre nous, malgré tout. Un temps hors du temps. Une magie simple et diffuse qui se propage dans les discussions autour du poêle, dans les fumets des bons plats qu'on ne cuisine que pour l'occasion, dans la douce chaleur des maisons qui redeviennent chaumières... Quelque chose comme la trace d'un "bon vieux temps" où l'on pouvait compter les uns sur les autres à bûcher dur à travailler fort pour passer au travers des hivers.

Vrai, je n'épargne pas les clichés romantiques. Seulement, ici à Lutèce, j'ai franchement l'impression que le temps des fêtes de chez nous est précieux et unique. Mais pour combattre le spleen, il n'y a que l'inspirine... Il nous faut une nouvelle matière afin d'y inscrire le Noël de cette année. Et heureusement, Paris ne manque pas de ressources.

Quoi de mieux que de lancer le réveillon avec la traditionnelle messe dans la mythique Notre-Dame? Je dois avouer que je ne suis pas le plus fervent des croyants (pour ne pas en dire plus), mais Noël c'est Noël!

Le sacré appelant le sacré, une petite glisse sur la patinoire de l'Hôtel de Ville de Paris avec un gilet de Jean Béliveau s'imposera! Ce n'est peut-être pas l'Oratoire Saint-Joseph (ou même le Sénat) de Jacques Demers, mais...

Joyeux Noël à tous et à toutes!!

M'as-tu vu?

Voir et être vu est un art que les Parisiens savent apprécier. Surtout s'il est pratiqué avec assez de retenue pour ne pas attirer à tout prix le regard. Ainsi, se mettre en vitrine c'est d'abord savoir repérer l'endroit et le moment qui convient. L'événement is ze place to be alors. Toutefois, il ne faut surtout pas trop en mettre. Être de l'événement c'est naturel puisque "c'est moi et que je suis comme ça moi". En fait, c'est un peu comme le truc marketing : je suis là parce que je suis in et je suis in parce que je suis las.

Maintenant, quand on croise ce principe avec l'Objet... c'est exponentiel. De l'objet du désir à la sustentation, magasiner a tellement bon goût à Paris. Ajoutez un peu de féerie du temps des fêtes (des accessoires tendances, un concept épuré, de la neige synthétique et beaucoup de couleurs...) et vous avez là un cocktail qui en met plein la gueule!

La ville lumière... on se dit que ce devrait être spécial à Noël, et ce l'est! Mais c'est comme partout ailleurs : faut savoir regarder (et parfois ne pas voir). D'ailleurs, les parisiens aiment bien ce qui scintille, flash, bling et bling encore.

Du premier décembre à la mi-janvier, "Paris illumine Paris", c'est 200 techniciens dans les arbres, 2 000 000 de mètres de guirlandes lumineuses et plus de 200 km de rues en lumière. Sous des apparats de fête publique, l'initiative est pilotée par l'Association des Commerçants de Paris et culminera par 4 jours de "couleurs de Soldes by Paris"! Eh que ça doit être beau des couleurs de solde!!

Du reste, en vitrine c'est vraiment quelque chose. Je n'ai jamais vu ça nulle part ailleurs. Ces photos, prisent au Bon Marché dans le 6e, ne sauraient rendre l'effet des installations: maquettes 3D avec projections animées et son ambiophonique. Rien n'est trop beau lorsqu'il s'agit d'en mettre plein la vue.

À ce chapitre, les grands magasins jouent la carte de l'événement à fond. La vitrine devient un espace-happening qu'il faut voir. Magasiner à Paris c'est l'avant-première des fêtes. Un nouveau genre de réveillon...

Évidemment personne ne veut être en reste...

2009 c'est trop Oufff! (musique)

L'année tire à sa fin et d'ici le 1er janvier vous verrez quelques capsules du meilleur de l'année selon "l'homme que je suis quoi qu'il en pense"...

2009 a été une bonne année musicalement parlant et ce, dans toutes les catégories. Pour ce Top 30, j'ai tenté un bien curieux mélange de coups de coeur personnel, de diversité et d'ingéniosité artistique. Chose certaine j'estime que tout ce que vous trouverez dans ce "palmares" a marqué mon année de mélo-manne.


30) Yann Perreau - Un serpent sous les fleurs (Bonsound)
29) Yaron Herman - Muse (Naïve)
28) Sunset Rubdown - Dragonslayer (Jagjaguwar)
27) Karen O - Where the Wild Things Are (DGC/Interscope)
26) Lightning Dust - Infinite Light (Jagjaguwar)
25) Artistes Variés - Douze hommes rapaillés (Spectra)
24) Arctic Monkeys - Humbug (Domino)
23) The Legendary Tigerman - Femina (Norte-Sul/Skydog)
22) Japandroids - Post-Nothing (Polyvinyl)
21) White Rabbits - It's Frightening (Tbd Records)

20) Medeski, Martin & Wood - Radiolarians III (Indirecto)
19) We Are Wolves - Invisible Violence (Dare to Care/Fat Possum)
18) Russian Circles - Geneva (Suicide Squeeze)
17) Black Lips - 200 Million Thousand (Die Slaughterhaus)
16) The xx - The xx (Young Turks)
15) Sonic Youth - The Eternal (Matador/Musikvertrieb)
14) Atlas Sound - Logos (Kranky)
13) Healt - Get Color (Lovepump United/Cityslang/Pop Frenzy)
12) Tortoise - Beacons Of Ancestorship (Thrill Jockey/Irascible)
11) Various Artists - Dark Was the Night (4AD)

10) Do Make Say Think - Other Truths (Chicago Independent)
9) Girls - Album (True Panther/Matador)
8) Mt. St. Helens Vietnam Band - éponyme (Dead Oceans)
7) John Parish & PJ Harvey - A Woman a Man Walked By (Island Records)
6) Handsome Furs - Face Control (Sub Pop)
5) Pawa Up First - The Outcome (Dare to Care/MVS)
4) UUVVWWZ - UUVVWWZ (Saddle Creek Records)
3) Malajube - Labyrinthes (Dare to Care/City Slang)
2) Grizzly Bear - Veckatimest (Warp/Musikvertrieb)
1) Clues - Clues (Constellation/Irascible)

Citation musicale de l'année: "On va rocker ça dans les années 10 !" (Misteur Valaire au Batofar : la scène sur la Seine)

P.S.: On est bien curieux de lire vos coups de coeur de l'année... Après tout, le temps des fêtes c'est fait pour partager!

Jardin de givre

Pour moi qui est né à l'ombre de la Tour de la Paix, de l'autre côté de la rivière Outaouais, les promenades sur la plus longue patinoire du monde sont synonyme d'hiver, de neige et de glace... J'y ai développé tant de souvenirs. À chaque année, toute la famille s'y aventurait pour aller contempler les sculptures de glace du Lac Dow en mangeant des "queues de castor (sucre-citron-cannelle)" avec un chocolat chaud bien fumant. D'abord en traîneau derrière Papa, puis en patin à deux lames, j'y ai pratiqué mes premiers élans de glisse. Des années plus tard, étudiant à l'Université d'Ottawa, j'avais encore l'habitude de chausser les patins entre deux séminaires pour remonter et descendre les quelques kilomètres du Canal Rideau jusqu'au Château Laurier. Cette année, à Paris, c'est à pied sur les Champs Élysée qu'il est possible de réveiller cette douce candeur de mes premiers hivers. Je vous en offre un aperçu, mais d'abord allez vous préparer une bonne tasse de chocolat chaud!

Le tant attendu Saint-Nicolas...

La Tour Eiffel : mon beau sapin...

Le château Disney à Paris...

Notre-Dame et son bossu...

Le Sacré-Coeur sur son perchoir...

Le Penseur de Rodin...

La Mona Lisa qui sort parfois du Louvre...

Et Django Reinhardt tant apprécié à Paris...

De grands enfants

Jeudi dernier il neigeait. Vendredi dernier il a neigé encore un peu. Ce dimanche matin, il neige encore. Décidément, il faut s'y faire. Quoique...


Mère nature semble en faire rajeunir plusieurs devant le spectacle qu'elle offre en rappel dans presque toute la France. Dans les rues de Paris, l'invitation aux jeux de neige est omniprésente.


Elles sont rares les voitures ne servant pas d'étalage au nécessaire à boule de neige bien pressée. Au loin, on entend le rugissement des écoliers qui en ont terminé pour quelques temps avec leurs professeurs pour les prochaines semaines.


Même les travailleurs s'y laissent prendre. On a beau être en bleu de travail, sous ses habits "vert-Paris" l'enfant aux joues rouges n'est jamais bien loin!


Décidément, ils ont un drôle de rapport aux espaces publics ces Français! En été, ils ferment les pelouses pour qu'elles demeurent en santé (c'est-à-dire plus verte que verte) et en hiver, lorsqu'il neige, ils les ferment pour... pour... pourquoi donc? Au coeur des précipitations les autorités parisiennes avaient fermé la quasi-totalité des parcs de la ville ainsi que la Tour Eiffel. Il y a toujours des limites à avoir du fun noir quand tout est blanc! Faudrait pas que ça dégénère comme sur cette photo, place des Vosges. Sérieusement, faudrait que quelqu'un m'explique parce que moi je ne la comprends pas du tout celle-là...

Salées les vacances!


Depuis trois jours, le grand ballet des engins de salage et de déneigement ne s’est pas interrompu sur les routes de France. Parfois en vain, les intempéries perturbant la circulation dans Paris. D'ailleurs, jeudi dernier, on a rapporté plus de 350 km d'embouteillage en Île-de-France.

Dans les rues de Paris, comme ailleurs sur les routes et autoroutes en province, les opérations se sont prolongées jusqu’en fin d’après-midi samedi, en prévision d’une quatrième nuit glaciale et de nouvelles chutes de neige annoncées dimanche et lundi. Au volant de sa saleuse, Nicolas, 32 ans, était à la manoeuvre dans les hauteurs du XIXe arrondissement, près du parc des Buttes-Chaumont. Dans la benne de son engin, qui transporte d’habitude une cuve d’eau de nettoyage, 1 m³ de sel attend d’être projeté sur la chaussée: "je peux traiter une vingtaine de kilomètres avec ce chargement".

Sur les 1 600 km de rues parisiennes, 500 sont salés dès que la météo annonce un risque de neige et de verglas. Les ingénieurs de la ville privilégient le boulevard périphérique, les voies sur berges et les axes sur lesquels circulent les bus. Les plus petites rues étant progressivement salées par le jeu de la circulation automobile. En comptant l’opération menée hier après-midi, 700 t de sel ont déjà été larguées depuis le début de la semaine sur Paris.

Malgré tout ce sel, pas question de se risquer à vélo en ce début de relâche. Les gens en profitent donc pour se lancer métro devant dans l'un des nombreux grands magasins de Paris. Vaut mieux éviter parce qu'une foule de consommateurs français en manque d'inspiration c'est encore plus chiant que le reste de l'année. Vive les vacances!!

Entre deux chaises?

Pris entre nature et culture, l'homme d'aujourd'hui semble inconfortable. Surtout celui qui porte le costard jusqu'à Copenhague pour poser et protéger ses arrières économiques dans les salons du Sommet de l'ONU sur le climat. Du fait, il semble s'y jouer un jeu bien curieux où personne n'ose se lever tout en se demandant s'il a bien raison de demeurer assis. Dans quelques jours, il faudra bien que quelque chose émerge de ce siège international... On ne prend pas une ville d'assaut sans revenir avec sa part du butin, non?

C'est justement là le paradoxe. Être bien assis sur sa chaise à Copenhague c'est être assis sur des "richesses" nationales, mais c'est surtout être assis dans la nature, dans le monde. Nous avons déjà entre les mains le butin qu'il nous faut, messieurs les ministres! Or, c'est vous qui risquez de permettre aux barbares de s'en emparer. Penser en terme dichotomique, opposer nature et culture, c'est déjà se poser hors du monde. Pourtant, la nature ce n'est pas ce qui est à l'extérieur de l'homme... c'est d'abord et avant tout l'homme lui-même.

Alors discutez tant que vous voulez, messieurs. Mais le vrai danger il est là, dans ce que votre langage ne permet pas!


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« L’opposition entre nature et culture […] gagne beaucoup en clarté dès lors qu’on la formule dans les termes, familiers aux biologiste, d’hérédité endosomatique et d’hérédité exosomatique. »


« Si l’on veut comprendre la structure du langage humain on ne prêtera jamais assez attention au fait qu’un enfant, faute d’être exposé à des actes de parole entre sa deuxième et sa douzième année, voir définitivement compromise toute possibilité d’acquérir le langage. Contrairement à ce qu’affirme une ancienne tradition, l’homme n’est pas de ce point de vue « l’animal doté de langage », mais plutôt l’animal qui en est privé et qui doit par conséquent le recevoir de l’extérieur. »


«
S’il en va bien ainsi, il nous faut considérer d’une manière nouvelle la dualité dans l’espèce humaine d’une héritage endosomatique et d’une héritage exosomatique, d’une nature et d’une culture. Il ne s’agit pas d’une juxtaposition, supposant deux sphères distinctes sans communication entre elles, mais d’une duplicité déjà inscrite dans le langage même qui a toujours été considéré comme l’élément fondamental de la culture. Ce qui caractérise le langage humain, ce n’est pas l’appartenant à l’une ou l’autre sphère ; c’est sa position entre elles deux, c’est son articulation simultanée sur leur différence et sur leur résonnance. »[1]

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[1] AGAMBEN, Giorgio, Enfance et histoire, Paris, Payot & Rivages, 2002, p. 109-111.

Noël en vitrine à Paris

À mots couverts

Parfois je trouve que le fait français en Amérique est un peu hypocondriaque. Parfois je me dis que les français ont trop d'assurance à mon goût. Mais surtout je me demande si toute question de langue est, de facto, question de papilles...

Les cas douteux ne manque pas, même à Paris où l'on peut maintenant sluncher. Sluncher? Oui, oui... le slunch est au midi ce que le brunch (prononcez brun-che) est au matin. Faut imaginer : "on se fait un slunch?" Appétissant!


Demain l'hiver...

Décembre installe sa péniche Quai de Seine et vagabonde sur Paris. Au Québec, la neige a déjà neigé. Il ne tardera pas ce matin aux bottes de gel annonçant la saison du blanc manteau. L'hiver arrive à grand pas. On s'en rendra compte même sans compter. En cette année olympique, on se chargera bien assez vite de vous le rappeler. Après tout, il en va de la fibre nationale et des ressorts politiques de vos divans provinciaux...

Cet hiver, c'est le plus meilleur pays du monde qui se met en vitrine. Davantage que des aclètes (dixit les "spécialistes" sportifs de RDS), c'est tout un pays qui sait où il s'en va avec ses skis... et le comité organisateur veut tellement qu'on le sache qu'il n'hésite pas à s'assurer que personne n'insinue le contraire. Cette clause cachée du contrat des artistes participant à la foire olympique en dit long:

"The artist shall at all times refrain from making any negative or derogatory remarks respecting VANOC (the organizing committee), the 2010 Olympic and Paralympic Games, the Olympic movement generally, Bell and/or other sponsors associated with VANOC."

Le volet culturel des jeux olympiques permet de montrer, à la face du monde, l'étendue de la créativité et la diversité des modes d'expressions canadiens. Cependant, pour un État frileux, dire "expression" c'est aussi parler de risque pour l'entrepri$e politique de cet événement a-politique. Le succès requiert une image propre et unie du pays hôte: tout le peuple sous la bannière de Vancouver 2010. Et si mise en scène il doit y avoir, il y aura.

Certes, la liberté d'expression est une valeur canadienne enchassée dans l'Ô précieuse charte constitutionnelle. Mais, néolibéralisme oblige, comme toute chose la liberté a son prix et le temps d'antenne international ça se paie. Le publicitaire pourra dormir tranquille parce qu'à Vancouver le silence est d'or et la parole est d'argent...

Dehors novembre



L'on remarquera que novembre n'a pas été très riche en billets sur ce blog. C'est la saison morte. D'ailleurs, à Paris, c'est le temps des feuilles mortes...



Oh! je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis
En ce temps-là la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Tu vois, je n'ai pas oublié...
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l'oubli.
Tu vois, je n'ai pas oublié
La chanson que tu me chantais.

Mes automnes ont toujours été saisons de vertiges et de souvenirs. Parfois morose, parfois doux et tranquille: septembre annonce la fin d'un cycle. Comme autant d'instantanés sur un canevas éphémère, les feuilles décrochées par le vent s'offrent une dernière valse avant choir au pied de l'oubli. Elles donnent l'impression que le temps emporte un peu de soi et l'échappe de-ci de-là sur le pavé froid d'un présent jamais offert.

Reste que le Paris de cet automne est animé et vivant. Le temps est doux, les gens vont et viennent candidement et les terrasses demeurent ouvertes. Les marchés voient défiler leur lot de clients. Les places résonnent de cris d'enfants, de claxons, du deux tons des sirènes et de l'accordéon occasionnel. Souvent, le soleil perse le rideau gris que pousse l'océan. Bref, il fait bon vivre pour l'homme de quelques arpents de neige. Mais si le novembre parisien ne ressemble pas à celui que nous vivons au Québec, il demeure que les shootés à l'âme d'André "dédé" Fortin y trouvent leur compte. Surtout les jours de pluies...

Ce matin on apprenait la mort de Gilles Carle. Ces derniers mois, la liste des disparus qui ont marqué mon imaginaire s'allonge dangereusement: Alain Bashung, Nelly Arcan, Pierre Falardeau, Claude Levi-Strauss, Michel Freitag... tant de feuilles en peu de temps.

Je lèverai pour vous une "mort subite" et une "éphémère", mais je me garderai bien d'offrir à votre mémoire une "fin du monde" puisque c'est à nous que vous rendez l'avenir de par ces portes que vous ouvrez sur la suite du monde.

"Que votre créativité et votre courage inspirent ceux qui feront oublier votre départ... un peu."

Blog-dog




- T'as un blog?
- Oui, en effet.
- C'est contagieux?
- Pas toujours...
- ??



Le concept du blog, est assez vague car il est principalement défini par les usages et les pratiques qui s'y inscrivent. Généralement son auteur en précise l'orientation au départ, mais rien ne le contraint à sa ligne éditoriale. Après tout, déroger est une idée séduisante pour beaucoup, dans beaucoup beaucoup de situation.

Partant du principe des mots cratiques* du "qui veut parler le peut", quiconque le désire peut publier un blog. Ainsi, dans le champ de nos printemps perpétuels, entre vouloir et pouvoir seule se dresse la clôture de la technique. Sous condition de volition et de maîtrise minimale du moyen**, toute fin peut être desservit par le nouveau meilleur ami de l'homotechnologicus: le blog!

Par un curieux mouvement d'inspiration des pratiques et d'expiration des idées, le blog in carne quelque chose d'indéfinissable. À l'instar de la saucisse, outre un peu de chair, on y retrouve de tout et de rien, mais on y retrouve toujours quelque chose comme le résidu d'une pensée, de quelqu'un, d'une expérience, d'une vie...

Loin de moi l'idée de prendre pour vétille la fenêtre qui me permet de composer de nouveaux paysages prosaïques, de me soumettre au délice de l'écriture et à la voltige des mots. Seulement, du bout des doigts dansant sur ce clavier, j'aimerais partager une observation que j'éprouve à coups d'oreilles depuis mon arrivée à Paris...

Dans les séminaires, les colloques, les conférences mais aussi et surtout autour d'un verre, dans un café, au coin de la rue, à la table et à la radio, je m'aperçois que les gens n'ont pas peur de la chair des idées. Il me semble les voir, bonne fourchette, se sustenter de la substantifique moelle de l'intellect sans chercher à éviter le poids des mots et de la parole. Après tout, ce qui trouve sont chemin jusqu'à l'assiette relève surtout de l'appétit.

Certes tous les goûts sont dans la nature et, à ce titre, chacun a son mot à dire. Certes la liberté de choix est un principe fondamental des mots cratiques. S'intéresse à quoi bon, qui veut. Cependant, pourquoi accepter de se priver des Lumières et s'enfermer dans l'obscurité le menu à la main? Est-ce exercer pleinement son droit à choisir que se priver d'emblée de possibilités?

J'en conviens, sous le couvert d'argent de l'élégante pensée se cache souvent trop de vent habillé du velours. On a beau dire, trop de mots pour si peu c'est... décevant. Il y a plusieurs façon de nommer un plat, mais un plat est un plat. Ses saveurs ne changent pas selon les mots qu'on veut bien lui prêter. L'accent n'y fait pas davantage...

Là où il est plus aisé de parler du temps qu'il fait j'aime voir surgir ceux qui osent s'avancer dans le royaume de l'Idée et n'hésitent pas à entretenir une passion pour une province de cet État. La saucisse c'est bien bon, mais gruger un os l'est tout autant. À la table du prêt à manger, il est aussi intéressant se risquer aux fourneaux.

À chacun son appétit!
... mais parfois l'appétit vient en cuisinant.



* Du grec ancien Κράτος/Krátos : divinité grecque personnifiant le pouvoir qui a enchaîné Prométhée sur le mont Caucase au nom de Zeus à qui il avait dérobé le feu divin de la culture pour le donner à l'homme.
** Après tout Internet, sous son feuillage édenistique d'absolue liberté, permet aux pythonisses de prédire un avenir verdoyant à tous les possibles désirant s'affirmer.

Satire

Il y a de ces moments où la vie s’accélère et prend son air d’allée… Elle courre, pédale, détale. Elle prend ses jambes à son cou comme si elle avait peur de nous qui la poursuivons pour ne pas la perdre de vue.

Depuis quelque temps je vie à toute vitesse et je ne me donne pas toujours le temps de le prendre.

Parfois, on se sent transporté. Pour peu on en aurait oublié qu’on met un pied devant : le rythme est bon et l’on bat la mesure. Il est alors aisé d’y étaler sa mélodie candidement. Parfois, on souffle un coup et un autre sans arriver à placer une note. Rien ne semble à sa portée. Le plus souvent c'est un peu des deux: autant en emporte le vent, autant en apporte le temps.

- On te dit: "t’en a tant de temps, mais pas tant que ça finalement, t'as pas cent ans..."
- Et on se dit: "ça tire la vie, satire".

S’il y a un temps pour chaque chose, le plus difficile c’est de trouver le bon. Je cherche encore, mais je vous promet un peu plus de constance mon cher Watson!

J'écrirai, tôt ou tard.

Jour du souvenir...

"Il faut se souvenir aussi de celui qui oublie où mène le chemin."
(Héraclite d'Ephèse)

Cris de guerre

Voilà quelque temps que je traîne une toux fugace, mais caustique. J'ai beau lui avoir déclaré la guerre, rien n'y fait vraiment. Elle me poursuit et me surprend de la bouche de ses canons. Comme cette armée de virus se propage en général avec son régiment de paladins "propulsé par pont aérien, mon général", toux et éternuements deviennent suspects. Ainsi, telle une main louche à la table de jeux, mes quintes s'accompagnent du regard torve des quidams méfiants. Il faudrait tout stériliser derrière moi, me confiner à mes quartiers, me bannir des lieux publics, me sortir du jeu.

La peste de celui qui porte ce trait de saison car, en réalité, il pourrait être l'hôte du seul et unique virus digne de mention. Zevirus. Vous savez, celui dont l'économie a déjà triomphé à grands coups de baptême hors de l'église porcine: le tristement re-nommé A H1N1. Les symptômes (qui peuvent durer jusqu'à une semaine) sont similaires à ceux de la grippe saisonnière, et peuvent aussi inclure fièvre, mal de gorge, maux de tête et douleurs musculaires et articulaires... Bref, il est presque trop aisé de confondre le virus vulgaris et zevirus.

Sur les ondes, les médias me disent tout et rien. De l'assertorique à l'apodictique, ils médisent, médiatisent. Ils me bombardent de petites capsules que j'avale sans posologie. Sous le parapluie du double principe de la publi-cité, leur prolixité est assommante. D'un côté, si le public en demande c'est qu'il faut lui en donner. (L'auditoire c'est bon pour le savon, ça fait vendre.) De l'autre côté, il est d'intérêt public de diffuser certains faits et le 4e pouvoir doit informer son auditoire au nom du bien commun. (L'information c'est bon pour le réseau, ça lave plus blanc que blanc.) Au final, puisque les sceptiques doivent être confondus...

Après le Lupin costar-cravate des hautes sphères de la finance, zevirus devient l'ennemi public numero uno. C'est bon pour l'Économie d'oublier la crise, l'hypothèque, le chômage et la chute sociale. C'est bon pour l'État d'oublier la dette, les promesses et les scandales. C'est bon pour le Peuple de se sentir lié et à égalité devant un mal qui, pour une fois, vient de l'extérieur. "La mort nous guette tous, elle ruse, elle est partout!"

Si les médias s'en donnent à coeur joie, les millénaristes, les moralistes et les scientifiques ne sont pas en reste. Bientôt, le philosophe et le dévot nous dirons que de deux choses l'une: ou Orwell avait vu juste et les animaux ont commencé la révolution (après la fièvre bovine et la grippe aviaire voilà que le cochon prend les armes), ou l'homme mené par ses instincts les plus bas voit son âme contaminer sa chair.

À tout prendre, je me demande si ce n'est pas cette cacophonie dantesque qui me rend malade.

Mur-mûr

En ce 9 novembre, des milliers de têtes convergent place de la Concorde à Paris. D'autres célébrations sont organisée plus tard dans la ville. À Berlin ils se réunissent par dizaines de milliers. Ailleurs, d'autres en font sûrement autant. D'une ville à l'autre, de fil en écran, le mot a circulé. Ceux qui ont cliqué ont pris leurs claques et la porte. Ils arrivent.

À vue et à l'oreille, il semble qu'on les ait appelé pour faire de quelque chose, un événement... Ils se pressent et s'entassent: on a peu de temps même à plusieurs. Tous ces gens doivent en savoir quelque chose puisqu'ils n'arrêtent presque jamais d'ordinaire.

Je les espère se poser la même question:
"Qu'est-ce que ne pas avoir 20 ans de plus?".

Ils répondront de leur main en faisant beaucoup de bruit. Ce soir, les mots sont de concert et se souviennent du violoncelle de Rostropovitch. Dans la musique, le silence cimente les uns, les autres. Je ne briserai pas le mur du son en cherchant à entendre ce qu'ils en comprennent. Des talons jusqu'à l'estomac, je sens la faim de connaître tenter de digérer le froment de la peur. J'ai souvent peur d'être déçu par l'humain. Cet aveux est presque trop vrai pour être écrit.

Ce soir, ils ne sont pas tous berlinois, ils sont encore une fois spectateur... mais ils sont attentif et c'est déjà ça.

Trop humain?

Je n'ai pas la prétention d'être en mesure d'écrire un quelconque hommage à un homme comme Lévi-Strauss. Primo, je le connais assez mal, même de loin. Deuxio, à chaque mort c'est un peu la même formule. Tout le monde aime et admire celui qu'il est désormais facile d'admirer. Tout un chacun sort de la caverne prétextant y avoir vu passer l'homme, le bon, le vrai. On le veut plus grand, plus important que la statuesque figure que peut ériger l'autre. Ça fait bien de se joindre au cortège et les français chérissent presque autant leur monument que l'occasion de se montrer au bon endroit le moment venu. Étrangement, ce moment arrive souvent lorsque le dialogue n'est plus possible, lorsque la voix s'est fait silence...

S'il est vrai que l'homme demeure un des intellectuels français les plus important du 20e siècle, il y a des limites à ce qu'on peut en dire. Lévi-Strauss, vous et moi avons ceci en commun: nous sommes d'abord et avant tout humain, trop humain.

Il y a une frontière que l'hommage ne saurait franchir sous peine de verser dans la profanation. Derrière cette volonté éléphantesque de faire l'oraison funèbre que tout le monde retiendra et d'être le laudateur per excellencia, il me semble déceler une ombre tristement révélatrice. Faire l'hommage comme on se fait soi-même c'est surtout oublier de rendre hommage alors qu'il faudrait chercher à entendre l'homme plutôt que de parler pour lui.

Claude Lévi-Strauss a été inhumé dans la plus grande discrétion en présence de son épouse, de ses fils, Roland et Mathieu, de deux petits-enfants et du maire de Lignerolles, bourg de 50 habitants aux lisières de la Haute-Marne. Contraires à celles du président français, ses dernières volontés étaient qu'il n'y ait personne à son enterrement et que l'on garde un silence absolu au moment de son décès.

Ainsi, dans la présente absence de l'un et l'absente présence de l'autre, c'est d'abord l'égo moderne que je vois se conjuguer. À la première personne du singulier, cette sombre démesure d'être est parfois trop aveugle. Même devant l'inconfortable silence du trépas, il est inexcusable de faire entendre beaucoup de bruit sous le couvert de la voix et ignorer la parole de celui qui est toujours encore là.

L'ampoule d'être soi, n'a jamais passé autant de temps à chauffer la couveuse ontologique. Immanquablement, elle attire aussi les mouches...


Ces quelques mots découle de la lecture de ce billet. Il s'agit sans doute des taches d'encre parmi les plus pertinantes que j'aie observé après/sur la mort de Claude Lévi-Strauss.

***

« Il était un grand humaniste » est un classique de l'oraison funèbre. Nicolas Sarkozy n'a pas évité la formule lorsqu'il a rendu hommage à l'auteur de Tristes Tropiques : « le Président de la République rend hommage à l'humaniste infatigable » qu'était Claude Lévi-Strauss. Pas de chance. Pour une fois, la formule tombe plutôt mal. En effet, l'anthropologue a écrit en 1962, dans le dernier chapitre de La Pensée sauvage, cette formule que reprendra Michel Foucault dans Les Mots et les choses et que revendiquera une grande partie du courant structuraliste : « le but des sciences humaines n'est pas de constituer l'homme, mais de le dissoudre ». Lévi-Strauss polémique alors contre l'humanisme existentialiste de Jean-Paul Sartre, qui propose un projet d'engagement dans la société sur la base de la liberté de la conscience. Lévi-Strauss, lui, n'accorde guère d'importance à la liberté humaine telle que l'examine Sartre et s'intéresse plutôt aux structures qui déterminent nos manières de vivre et de penser. Pour le dire simplement, l'anthropologue préfère comprendre et classer la diversité des conduites et des oeuvres humaines plutôt que de fonder une vérité sur la vie intérieure de l'Européen des années 1950. De ce point de vue, Lévi-Strauss a pu être inscrit dans un courant anti-humaniste de la philosophie et des sciences humaines.

Reste que Lévi-Strauss, même s'il s'oppose à cet humanisme naïf et ethnocentrique, plaide pour un humanisme renouvelé par l'ethnologie. Au lieu de l'humanisme aristocratique de la Renaissance et de l'humanisme bourgeois et colonialiste du XIXe siècle, il promeut un humanisme qui affirme que « rien d'humain ne saurait être étranger à l'homme ». Mais il le fait à partir de l'expérience de la vie en commun avec les sociétés les plus méprisées par l'Occident. Cet humanisme généralisé convient à Lévi-Strauss. Mais ce n'est ni l'humanisme de Sartre ni surtout celui des messieurs Prudhomme qui recyclent les mêmes formules à tous les enterrements.

Michel Eltchaninoff

Halloween! Allo qui?

Halloween tire son origine d'une fête païenne ("Samain") qui a perduré plus longtemps chez les Celtes d'Irlande et de Grande-Bretagne que sur le continent européen. Au Ve siècle, les moines qui évangélisaient l'Irlande, la Grande-Bretagne et la Gaule se trouvèrent confrontés cette fête du début du mois de novembre. Cette date marquait le début de la moitié sombre de l'année. Il était admis, pendant les jours de Samain, que le monde des vivants communiquait avec celui des dieux et des morts. Cette fête était l'occasion de rituels druidiques et de banquets bien arrosés. Les rituels, profondément ancrés dans la civilisation rurale, perdurèrent bien après la christianisation des populations. Ainsi, bien qu'elle aie évolué, cette tradition a été transportée en Amérique du Nord au XIXe siècle par les Irlandais et les Écossais.

Cette filiation celte combinée au déploiement du protestantisme en Angleterre et à la prégnance catholique sur les royaumes continentaux explique pourquoi, en France comme partout en Europe continentale, on ne célèbre pas Halloween. On y célèbre plutôt la Toussaint. Il s'agit d'une fête catholique au cours de laquelle sont honorés l'ensemble des saints (tous-les-saints) reconnus par l'Église catholique romaine. Elle précède d'un jour la fête des morts, dont la solennité a été officiellement fixée au 2 novembre deux siècles après la création de la Toussaint. Cependant, du fait que la Toussaint, contrairement au 2 novembre, est un jour férié l'usage est établi de commémorer les morts le 1er novembre. Une tradition multi-séculaire veut que l'on allume chandelles et bougies dans les cimetières et, depuis le XIXe siècle, qu'on fleurisse les tombes.

Nous sommes déjà triste de penser que l'ambiance d'Halloween ne régnera pas dans les rues et les places de Paris. L'atmosphère s'y prêterait si bien, mais non... on va devoir assister au recueillement pieux des bons petits catholiques. Heureusement, pour une rare fois, notre bon voisin Père Lachaise sera accessible de nuit pour mettre un peu d'ambiance macabre.

Diaporto

L'océan

Fuir l'automne juste un peu. Fuir le froid qui prend aux os. Fuir ces rayons de lumière trop obliques perçant à peine le bronze des feuilles tremblotantes. Fuir la poussière du ciel et la pluie diaphane des jours gris. Fuir jusque sur ce sable craquant du Portugal.

Se laisser bercer par le ressac d'un océan indomptable. Laisser la vague remonter jusqu'à soi, jusqu'au fond de ses tripes. Sentir l'astre du jour sur sa peau et se baigner dans ses couleurs d'été. Être en vie. Entendre l'appel à sortir de soi. Éclore. Toucher l'envi d'explorer tout ce qu'invite ses sens en éveille. Inspirer l'air saturé du parfum salin porté par un vent qui vient de loin. S'inspirer.

Petite histoire d'un nectar



Bien que le vin soit produit dans la vallée du Douro depuis l'Antiquité, ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'apparaît l'appellation "vin de Porto". Il connut à cette époque un grand succès en Angleterre.


À la suite de la guerre avec la France, les Anglais délaissant le vin français, se tournent vers le Porto. Avec le traité Methuen (1703), traité de coopération militaire, diplomatique et économique, ils obtiennent le privilège de fonder au Portugal des maisons de négoce en échange de la baisse des taxes sur le vin de Porto. Cependant, il reste cher et fortement concurrencé par les vins français. De plus, il supporte mal le voyage.

On avait déjà l'habitude d'y ajouter de l'eau de vie pour qu'il supporte le transport. C'est alors qu'un marchand anglais du nom de Jean Bearsley a eu l'idée d'en augmenter le degré en ajoutant de l'eau de vie de vin pure. C'est la naissance du produit sous sa forme actuelle.

Bearsley et ses associés fonderont la maison Taylor Flatgate en 1692. Il s'agit toutefois de la seconde plus ancienne maison de porto, la première fut fondée en 1678 et porte le nom de Croft. Toutes deux, comme de nombreuses autres, sont anglaise. La première maison d'origine purement portugaise étant Ramos Pinto.

Curieusement, il s'agit des trois maisons que nous avons visité à Porto. Le petit gars avait fait ses devoirs!


Porto Alegre

Ce qu'il y a d'allègre à Porto c'est avant tout... le porto. Qui plus est à 4 euros la bouteille! C'est donc avec ce nectare que je soulageai un mal de gorge naissant. Devant le magnifique du couchant, dans la cour de l'auberge, le temps semblait suspendu à nos lèvres. La discussion s'étirait et nous prenions un malin plaisir à l'alimenter du délicieux sirop. Toutefois, après avoir marché toute la journée dans les dédales de la vieille ville, la panse commença à se laisser penser. La scène ouvrant l'appétit et les fruits de mer comme le poisson étant ridiculement cher à Paris, c'est ce que je me suis proposé de cuisiner à ma tendre complice.

Au menu, un sauté de crevettes, pétoncles, poulpes et calmars sur un lit de pâtes nappé de sauce au porto blanc.

En soirée, nous avions prévu une sortie à la portugaise. Vin du Douro à la maison, pré-bar universitaire trois fois trop plein afin de socialiser une pinte à la main et, finalement, sortir danser dans un club en ville. Stepan (un ingénieur mécanique allemand installé à Zurich) nous accompagne. À zigzaguer dans les rues, il apparaissait évident que le vendredi appartenait aux jeunes.

Si le nombre de têtes en gigue sur le trottoir et dans la rue est représentatif de ce qui se meut dans les bars, il y avait foule ce soir là! En fait, rentrée universitaire oblige (un 16 octobre vous imaginez?), on nous dit que ce n'est pas coutume. Quoi que... Les portugais aiment faire la fête et, ici comme en Espagne, on se venge de la semaine en piétinant les plates-bandes de la nuit. À voir le nombre de constellations dans ce cosmos festif, à Porto aussi il y a les copains d'abord.

Dimanche ils se reposeront enfin, avant de tout reprendre en soirée afin de se livrer à un rituel estudiantin centenaire. À la rentrée, sous le portrait géant de Darwin qu'arbore l'université, les "premières années" comme tous les autres se déguisent en semblables en se parant du même accoutrement sombre et d'une cape. La nuit tombée, sous une lune d'argent, l'ambiance est à l'étrange. Le sfumato du secret d'un autre temps traîne dans les rues.

Le rituel remonte à la fin du XIXe siècle et cherche à établir un esprit de corps au sein de l'institution: au cours du long chemin académique, tous sont égaux. Pratiquement imperceptible, un ruban permet de distinguer les différents départements. Telle une meute de jeunes loups assoiffés, ils partiront ensuite scander leurs slogans dans les rues de la ville. À chaque département son palabre et ses gestes. La marche mènera aux tanières discrètes où les initiés pourront célébrer.

Place de la Libertad (où quelques statuts célèbrent le sacrifice des libéraux à l'hôtel monarchique), les "dernières années" se distinguent en portant le chapeau et la canne. À terme, ils détruiront leur couvre-chef pour symboliser le passage de la tour d'ivoire au "vrai" monde.