2009 c'est trop Oufff! (cinéma)

Je ne sais pas pour vous, mais ma petite vie est déjà un peu trop meublée pour me permettre d’aller plus souvent au cinéma. C’est dommage, mais ainsi va la vie qui va…

Si ce fut une grande année pour les mélomanes, les cinéphiles ne peuvent prétendre à un grand millésime en 2009. Reste qu’il y a eu de grands crus dans ce que j’ai bu des yeux et qu’il m’en reste quelques uns en réserve.

Catégorie « grande classe »
Le Ruban Blanc (Michael Haneke)
The Limits of Contrôle (Jim Jarmush)
Che Part One (Steven Soderbergh)
The Spirit (Frank Miller)
Gran Torino (Clint Eastwood)
Tetro (Francis Ford Coppola)


Catégorie « je n’ai pas vu, mais il le faudra »
A Serious Man (Ethan & Joel Cohen)
The Informant (Steven Soderberg)
Up in the Air (Jason Reitman)
Carcasse (Denis Côté)
Departures (Yojiro Takita)
An Education (Lone Scherfig)
La Teta Asustada (Claudia Llosa)
Precious (Lee Daniels)
Le Prophète (Jacques Audiard)
Lebanon (Samuel Maoz)

Catégorie « j’étais en retard, j’ai vu en 2009 »
Il Divo (Paolo Sorrentino)
It Might Get Loud (Davis Guggenheim)
12 (Nikita Mikhalkov)
Slumdog Millionnaire (Danny Boyle & Loveleen Tandan)
Gomorra (Matteo Garrone)

Catégorie « au pays de Jutra »
J’ai tué ma mère (Xavier Dolan)

Catégorie animation
9 (Shane Acker)

Catégorie « n’importe quoi ! »
Lesbian Vampire Killers (Phil Claydon)

Fumisterie

Au seuil de l'année, il est coutume de faire le bilan du parcours de tout un chacun. Journaux, magazines, télévisions... l'usage semble incontournable dans la doxa. L'État, la corporation, l'individu... personne n'y échapperait. Ce genre de consensualité toute entendue soulève chez moi un sourcil dubitatif. Déjà, il serait intéressant d'interroger la portée de cette "pratique".

À qui profite-t-elle socialement? À quels aménagements laisse-t-elle place chez l'individu et dans la collectivité? Y est-il vraiment question d'introspection? Est-ce un moyen de réorganiser les séquences narratives discordantes afin de subsumer la confrontation à soi-même aux trames lisses et acceptables d'une authenticité revisitée? Ou est-ce plus simplement l'occasion irréfléchie de satisfaire une pulsion naturelle, un besoin appelant à la purge?

Depuis le 18 décembre en France, une nouvelle arme est disponible aux justiciers liminaires s'aventurant sur l'Avenue de la Vengeance au crépuscule de 2009. En quelque cliques et pour la modique somme de 8€50, il est possible de "rendre justice" en envoyant 100g de bon fumier provenant des meilleurs élevages bovins de Franche-comté à ceux qui vous ont fait chier au cours de l'année! (frais de porc et de manutention inclus sur toute la France métropolitaine)

L'affaire est réglée en quelques minutes sur fumier.com. Le fruit de votre introspection se matérialiserait alors dans le courrier sous la forme d'une jolie boîte à fumier sur laquelle figure une vache affublée d'une cape de super-héros. Le tout est accompagné d'un message personnalisé. Rigueur éthique oblige, aucun envoi n'est anonyme et les messages «méchants» sont censurés puisque l'objectif serait avant tout humoristique...

Selon son concepteur - un agriculteur du Jura - l'entreprise est florissante et le site génère plus de 5000 connexions par jour. Les parisiens seraient particulièrement friands de ce geste "100% bio" puisqu'ils constituent 60 à 70 % de la clientelle bénéficiant de tout l'amour et le savoir-faire de Roger Combotte, "roi du fumier".

Vive la France, vive la justice (?) et merde alors!

Les Cent Ciels

Un autre jour s'étire sur la ville et nous offre le un doux moment de quiétude avant d'aller célébrer l'anniversaire de cette magnifique muse qui partage ma vie. Dire que je ne serais pas ici, que je ne serais pas moi-même et que ce ciel n'aurait jamais été beau sans elle serait tracer le premier trait de la première lettre d'une longue envolée que je me permet de lui réserver. Cependant, j'ose partager avec vous cette découverte que nous avons fait le lendemain...

Puisque Paris lui appartient déjà et que je lui dois au moins un royaume, je me proposais de lui offrir le Maroc au porte de Paris. Une soirée au plus grand hammam de la ville pour s'abandonner ensemble aux douceurs du farniente, nous rappeler ces plaisirs que nous avons découverts en Turquie, revivifier le corps et recentrer l'esprit. Si vous êtes de passage à Paris, je vous assure qu'après quelques jours vous aurez besoin de décrocher: l'endroit est tout simplement paradisiaque!

"un authentique Hammam oriental dédié au bien-être du corps et à l’épanouissement de l’esprit (...) « Les Cent Ciels » convie ses hôtes à une parenthèse d’apesanteur et de féerie dans le bouillonnement de la vie urbaine."

Le hammam tiède : l'endroit pour se reposer entre deux cycles

La piscine avec le sauna sec (à gauche)

Le hammam chaud aux effluves d'eucalyptus

Massage, facial, gommage au savon noir... Tout est offert.
Nous vous recommandons Les cent ciels si vous désirez refaire le plein à Paris et vous éviter le détours au Maroc ou en Turquie.
Le hammam, elle aime... et elle n'est pas seule.

Féérie

Paris n'aura porté le blanc que le temps de nous faire rêver. De neige, il n'y eut que quelques centimètres nous permettant de parcourir une route imaginaire de Paris à Montréal, de transposer momentanément le décor et de perdre la carte. Un petit cadeau avant le temps pour les uns, un emmerdement de plus pour les autres...

J'ignore si les Parisiens réalisent à quel point leur ville est belle sous la neige. À nos yeux, elle a le magnifique du rarissime lorsqu'elle s'offre dans sa robe des grands jours; celle dont elle se pare pour le bal de saison.

Timide, elle redevient humaine et se dévoile en se camouflant. Au milieu de la valse des flocons, les yeux grands ouverts, on arrive à peine à fixer le regard. Ça tourne et virevolte... La musique silencieuse de la rumeur du vent nous chante l'Ailleurs de ses périples nordiques. Toute en lumière, Paris se laisse charmer et sa robe haute-voltige. Elle danse, danse et danse encore.

Et puis plus rien... un long silence à peine audible dans le tumulte de la ville. Le carrousel s'éteint, les tremblements s'immobilisent...

Au coin de chez nous, en une nuit, on avait tout reconstruit à l'identique. Mais, au matin, Paris n'était plus la même d'avoir tant dansé avec le Nord. Les joues rouges, gorgée de la douce folie qui l'avait prise la veille, elle murmurait l'envie folle de s'abandonner à nouveau.

Au bout de quelques jours, descendant les marches de la scène qu'elle partageait avec son cavalier, Paris ne se doutait pas qu'il n'y aurait plus de bal. Du moins, pas avant la prochaine lune. Depuis, seul témoin de sa féérie, la neige est allée retrouver les larmes de la Seine... et nous attendons avec elle l'air des premiers violons.

Mon beau sapin...

Un peu d'originalité, d'audace et de système D...
Il y a toujours moyen de créer et le résultat est parfois surprenant!





Préparatifs de Noël

Que fait-on tout seul en couple à Paris pour Noël? Voilà sans doute une question que beaucoup aimeraient se poser... nous pas tellement. Personnellement, je ressens un profond malaise à l'idée d'être si loin.

Pour les Québécois, Noël c'est d'abord la famille qu'on retrouve, mais c'est aussi quelque chose de viscéral et d'indicible qui frôle la nostalgie. Poussière d'un rien grandiose qui n'existe qu'entre nous, malgré tout. Un temps hors du temps. Une magie simple et diffuse qui se propage dans les discussions autour du poêle, dans les fumets des bons plats qu'on ne cuisine que pour l'occasion, dans la douce chaleur des maisons qui redeviennent chaumières... Quelque chose comme la trace d'un "bon vieux temps" où l'on pouvait compter les uns sur les autres à bûcher dur à travailler fort pour passer au travers des hivers.

Vrai, je n'épargne pas les clichés romantiques. Seulement, ici à Lutèce, j'ai franchement l'impression que le temps des fêtes de chez nous est précieux et unique. Mais pour combattre le spleen, il n'y a que l'inspirine... Il nous faut une nouvelle matière afin d'y inscrire le Noël de cette année. Et heureusement, Paris ne manque pas de ressources.

Quoi de mieux que de lancer le réveillon avec la traditionnelle messe dans la mythique Notre-Dame? Je dois avouer que je ne suis pas le plus fervent des croyants (pour ne pas en dire plus), mais Noël c'est Noël!

Le sacré appelant le sacré, une petite glisse sur la patinoire de l'Hôtel de Ville de Paris avec un gilet de Jean Béliveau s'imposera! Ce n'est peut-être pas l'Oratoire Saint-Joseph (ou même le Sénat) de Jacques Demers, mais...

Joyeux Noël à tous et à toutes!!

M'as-tu vu?

Voir et être vu est un art que les Parisiens savent apprécier. Surtout s'il est pratiqué avec assez de retenue pour ne pas attirer à tout prix le regard. Ainsi, se mettre en vitrine c'est d'abord savoir repérer l'endroit et le moment qui convient. L'événement is ze place to be alors. Toutefois, il ne faut surtout pas trop en mettre. Être de l'événement c'est naturel puisque "c'est moi et que je suis comme ça moi". En fait, c'est un peu comme le truc marketing : je suis là parce que je suis in et je suis in parce que je suis las.

Maintenant, quand on croise ce principe avec l'Objet... c'est exponentiel. De l'objet du désir à la sustentation, magasiner a tellement bon goût à Paris. Ajoutez un peu de féerie du temps des fêtes (des accessoires tendances, un concept épuré, de la neige synthétique et beaucoup de couleurs...) et vous avez là un cocktail qui en met plein la gueule!

La ville lumière... on se dit que ce devrait être spécial à Noël, et ce l'est! Mais c'est comme partout ailleurs : faut savoir regarder (et parfois ne pas voir). D'ailleurs, les parisiens aiment bien ce qui scintille, flash, bling et bling encore.

Du premier décembre à la mi-janvier, "Paris illumine Paris", c'est 200 techniciens dans les arbres, 2 000 000 de mètres de guirlandes lumineuses et plus de 200 km de rues en lumière. Sous des apparats de fête publique, l'initiative est pilotée par l'Association des Commerçants de Paris et culminera par 4 jours de "couleurs de Soldes by Paris"! Eh que ça doit être beau des couleurs de solde!!

Du reste, en vitrine c'est vraiment quelque chose. Je n'ai jamais vu ça nulle part ailleurs. Ces photos, prisent au Bon Marché dans le 6e, ne sauraient rendre l'effet des installations: maquettes 3D avec projections animées et son ambiophonique. Rien n'est trop beau lorsqu'il s'agit d'en mettre plein la vue.

À ce chapitre, les grands magasins jouent la carte de l'événement à fond. La vitrine devient un espace-happening qu'il faut voir. Magasiner à Paris c'est l'avant-première des fêtes. Un nouveau genre de réveillon...

Évidemment personne ne veut être en reste...

2009 c'est trop Oufff! (musique)

L'année tire à sa fin et d'ici le 1er janvier vous verrez quelques capsules du meilleur de l'année selon "l'homme que je suis quoi qu'il en pense"...

2009 a été une bonne année musicalement parlant et ce, dans toutes les catégories. Pour ce Top 30, j'ai tenté un bien curieux mélange de coups de coeur personnel, de diversité et d'ingéniosité artistique. Chose certaine j'estime que tout ce que vous trouverez dans ce "palmares" a marqué mon année de mélo-manne.


30) Yann Perreau - Un serpent sous les fleurs (Bonsound)
29) Yaron Herman - Muse (Naïve)
28) Sunset Rubdown - Dragonslayer (Jagjaguwar)
27) Karen O - Where the Wild Things Are (DGC/Interscope)
26) Lightning Dust - Infinite Light (Jagjaguwar)
25) Artistes Variés - Douze hommes rapaillés (Spectra)
24) Arctic Monkeys - Humbug (Domino)
23) The Legendary Tigerman - Femina (Norte-Sul/Skydog)
22) Japandroids - Post-Nothing (Polyvinyl)
21) White Rabbits - It's Frightening (Tbd Records)

20) Medeski, Martin & Wood - Radiolarians III (Indirecto)
19) We Are Wolves - Invisible Violence (Dare to Care/Fat Possum)
18) Russian Circles - Geneva (Suicide Squeeze)
17) Black Lips - 200 Million Thousand (Die Slaughterhaus)
16) The xx - The xx (Young Turks)
15) Sonic Youth - The Eternal (Matador/Musikvertrieb)
14) Atlas Sound - Logos (Kranky)
13) Healt - Get Color (Lovepump United/Cityslang/Pop Frenzy)
12) Tortoise - Beacons Of Ancestorship (Thrill Jockey/Irascible)
11) Various Artists - Dark Was the Night (4AD)

10) Do Make Say Think - Other Truths (Chicago Independent)
9) Girls - Album (True Panther/Matador)
8) Mt. St. Helens Vietnam Band - éponyme (Dead Oceans)
7) John Parish & PJ Harvey - A Woman a Man Walked By (Island Records)
6) Handsome Furs - Face Control (Sub Pop)
5) Pawa Up First - The Outcome (Dare to Care/MVS)
4) UUVVWWZ - UUVVWWZ (Saddle Creek Records)
3) Malajube - Labyrinthes (Dare to Care/City Slang)
2) Grizzly Bear - Veckatimest (Warp/Musikvertrieb)
1) Clues - Clues (Constellation/Irascible)

Citation musicale de l'année: "On va rocker ça dans les années 10 !" (Misteur Valaire au Batofar : la scène sur la Seine)

P.S.: On est bien curieux de lire vos coups de coeur de l'année... Après tout, le temps des fêtes c'est fait pour partager!

Jardin de givre

Pour moi qui est né à l'ombre de la Tour de la Paix, de l'autre côté de la rivière Outaouais, les promenades sur la plus longue patinoire du monde sont synonyme d'hiver, de neige et de glace... J'y ai développé tant de souvenirs. À chaque année, toute la famille s'y aventurait pour aller contempler les sculptures de glace du Lac Dow en mangeant des "queues de castor (sucre-citron-cannelle)" avec un chocolat chaud bien fumant. D'abord en traîneau derrière Papa, puis en patin à deux lames, j'y ai pratiqué mes premiers élans de glisse. Des années plus tard, étudiant à l'Université d'Ottawa, j'avais encore l'habitude de chausser les patins entre deux séminaires pour remonter et descendre les quelques kilomètres du Canal Rideau jusqu'au Château Laurier. Cette année, à Paris, c'est à pied sur les Champs Élysée qu'il est possible de réveiller cette douce candeur de mes premiers hivers. Je vous en offre un aperçu, mais d'abord allez vous préparer une bonne tasse de chocolat chaud!

Le tant attendu Saint-Nicolas...

La Tour Eiffel : mon beau sapin...

Le château Disney à Paris...

Notre-Dame et son bossu...

Le Sacré-Coeur sur son perchoir...

Le Penseur de Rodin...

La Mona Lisa qui sort parfois du Louvre...

Et Django Reinhardt tant apprécié à Paris...

De grands enfants

Jeudi dernier il neigeait. Vendredi dernier il a neigé encore un peu. Ce dimanche matin, il neige encore. Décidément, il faut s'y faire. Quoique...


Mère nature semble en faire rajeunir plusieurs devant le spectacle qu'elle offre en rappel dans presque toute la France. Dans les rues de Paris, l'invitation aux jeux de neige est omniprésente.


Elles sont rares les voitures ne servant pas d'étalage au nécessaire à boule de neige bien pressée. Au loin, on entend le rugissement des écoliers qui en ont terminé pour quelques temps avec leurs professeurs pour les prochaines semaines.


Même les travailleurs s'y laissent prendre. On a beau être en bleu de travail, sous ses habits "vert-Paris" l'enfant aux joues rouges n'est jamais bien loin!


Décidément, ils ont un drôle de rapport aux espaces publics ces Français! En été, ils ferment les pelouses pour qu'elles demeurent en santé (c'est-à-dire plus verte que verte) et en hiver, lorsqu'il neige, ils les ferment pour... pour... pourquoi donc? Au coeur des précipitations les autorités parisiennes avaient fermé la quasi-totalité des parcs de la ville ainsi que la Tour Eiffel. Il y a toujours des limites à avoir du fun noir quand tout est blanc! Faudrait pas que ça dégénère comme sur cette photo, place des Vosges. Sérieusement, faudrait que quelqu'un m'explique parce que moi je ne la comprends pas du tout celle-là...

Salées les vacances!


Depuis trois jours, le grand ballet des engins de salage et de déneigement ne s’est pas interrompu sur les routes de France. Parfois en vain, les intempéries perturbant la circulation dans Paris. D'ailleurs, jeudi dernier, on a rapporté plus de 350 km d'embouteillage en Île-de-France.

Dans les rues de Paris, comme ailleurs sur les routes et autoroutes en province, les opérations se sont prolongées jusqu’en fin d’après-midi samedi, en prévision d’une quatrième nuit glaciale et de nouvelles chutes de neige annoncées dimanche et lundi. Au volant de sa saleuse, Nicolas, 32 ans, était à la manoeuvre dans les hauteurs du XIXe arrondissement, près du parc des Buttes-Chaumont. Dans la benne de son engin, qui transporte d’habitude une cuve d’eau de nettoyage, 1 m³ de sel attend d’être projeté sur la chaussée: "je peux traiter une vingtaine de kilomètres avec ce chargement".

Sur les 1 600 km de rues parisiennes, 500 sont salés dès que la météo annonce un risque de neige et de verglas. Les ingénieurs de la ville privilégient le boulevard périphérique, les voies sur berges et les axes sur lesquels circulent les bus. Les plus petites rues étant progressivement salées par le jeu de la circulation automobile. En comptant l’opération menée hier après-midi, 700 t de sel ont déjà été larguées depuis le début de la semaine sur Paris.

Malgré tout ce sel, pas question de se risquer à vélo en ce début de relâche. Les gens en profitent donc pour se lancer métro devant dans l'un des nombreux grands magasins de Paris. Vaut mieux éviter parce qu'une foule de consommateurs français en manque d'inspiration c'est encore plus chiant que le reste de l'année. Vive les vacances!!

Entre deux chaises?

Pris entre nature et culture, l'homme d'aujourd'hui semble inconfortable. Surtout celui qui porte le costard jusqu'à Copenhague pour poser et protéger ses arrières économiques dans les salons du Sommet de l'ONU sur le climat. Du fait, il semble s'y jouer un jeu bien curieux où personne n'ose se lever tout en se demandant s'il a bien raison de demeurer assis. Dans quelques jours, il faudra bien que quelque chose émerge de ce siège international... On ne prend pas une ville d'assaut sans revenir avec sa part du butin, non?

C'est justement là le paradoxe. Être bien assis sur sa chaise à Copenhague c'est être assis sur des "richesses" nationales, mais c'est surtout être assis dans la nature, dans le monde. Nous avons déjà entre les mains le butin qu'il nous faut, messieurs les ministres! Or, c'est vous qui risquez de permettre aux barbares de s'en emparer. Penser en terme dichotomique, opposer nature et culture, c'est déjà se poser hors du monde. Pourtant, la nature ce n'est pas ce qui est à l'extérieur de l'homme... c'est d'abord et avant tout l'homme lui-même.

Alors discutez tant que vous voulez, messieurs. Mais le vrai danger il est là, dans ce que votre langage ne permet pas!


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« L’opposition entre nature et culture […] gagne beaucoup en clarté dès lors qu’on la formule dans les termes, familiers aux biologiste, d’hérédité endosomatique et d’hérédité exosomatique. »


« Si l’on veut comprendre la structure du langage humain on ne prêtera jamais assez attention au fait qu’un enfant, faute d’être exposé à des actes de parole entre sa deuxième et sa douzième année, voir définitivement compromise toute possibilité d’acquérir le langage. Contrairement à ce qu’affirme une ancienne tradition, l’homme n’est pas de ce point de vue « l’animal doté de langage », mais plutôt l’animal qui en est privé et qui doit par conséquent le recevoir de l’extérieur. »


«
S’il en va bien ainsi, il nous faut considérer d’une manière nouvelle la dualité dans l’espèce humaine d’une héritage endosomatique et d’une héritage exosomatique, d’une nature et d’une culture. Il ne s’agit pas d’une juxtaposition, supposant deux sphères distinctes sans communication entre elles, mais d’une duplicité déjà inscrite dans le langage même qui a toujours été considéré comme l’élément fondamental de la culture. Ce qui caractérise le langage humain, ce n’est pas l’appartenant à l’une ou l’autre sphère ; c’est sa position entre elles deux, c’est son articulation simultanée sur leur différence et sur leur résonnance. »[1]

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[1] AGAMBEN, Giorgio, Enfance et histoire, Paris, Payot & Rivages, 2002, p. 109-111.

Noël en vitrine à Paris

À mots couverts

Parfois je trouve que le fait français en Amérique est un peu hypocondriaque. Parfois je me dis que les français ont trop d'assurance à mon goût. Mais surtout je me demande si toute question de langue est, de facto, question de papilles...

Les cas douteux ne manque pas, même à Paris où l'on peut maintenant sluncher. Sluncher? Oui, oui... le slunch est au midi ce que le brunch (prononcez brun-che) est au matin. Faut imaginer : "on se fait un slunch?" Appétissant!


Demain l'hiver...

Décembre installe sa péniche Quai de Seine et vagabonde sur Paris. Au Québec, la neige a déjà neigé. Il ne tardera pas ce matin aux bottes de gel annonçant la saison du blanc manteau. L'hiver arrive à grand pas. On s'en rendra compte même sans compter. En cette année olympique, on se chargera bien assez vite de vous le rappeler. Après tout, il en va de la fibre nationale et des ressorts politiques de vos divans provinciaux...

Cet hiver, c'est le plus meilleur pays du monde qui se met en vitrine. Davantage que des aclètes (dixit les "spécialistes" sportifs de RDS), c'est tout un pays qui sait où il s'en va avec ses skis... et le comité organisateur veut tellement qu'on le sache qu'il n'hésite pas à s'assurer que personne n'insinue le contraire. Cette clause cachée du contrat des artistes participant à la foire olympique en dit long:

"The artist shall at all times refrain from making any negative or derogatory remarks respecting VANOC (the organizing committee), the 2010 Olympic and Paralympic Games, the Olympic movement generally, Bell and/or other sponsors associated with VANOC."

Le volet culturel des jeux olympiques permet de montrer, à la face du monde, l'étendue de la créativité et la diversité des modes d'expressions canadiens. Cependant, pour un État frileux, dire "expression" c'est aussi parler de risque pour l'entrepri$e politique de cet événement a-politique. Le succès requiert une image propre et unie du pays hôte: tout le peuple sous la bannière de Vancouver 2010. Et si mise en scène il doit y avoir, il y aura.

Certes, la liberté d'expression est une valeur canadienne enchassée dans l'Ô précieuse charte constitutionnelle. Mais, néolibéralisme oblige, comme toute chose la liberté a son prix et le temps d'antenne international ça se paie. Le publicitaire pourra dormir tranquille parce qu'à Vancouver le silence est d'or et la parole est d'argent...